Discours de Dr Alejo Vidal Quadras, Forum de Paris sur la lutte contre le Terrorisme et le Crime Organisé – 28 octobre 2017

Discours de Dr Alejo Vidal Quadras, Président du Comité International « In Search of Justice » (ISJ) au Forum de Paris sur la lutte contre le Terrorisme et le Crime Organisé – 28 octobre 2017

 

Je vous remercie de m’avoir invité à cette importante et très opportune conférence sur le terrorisme.

En tant que président du Comité international « In Search of Justice » (ISJ), qui rassemble des parlementaires, des anciens parlementaires et de personnalités politiques des deux côtés de l’Atlantique, et pendant mes 15 années en tant que vice-président du Parlement européen, j’ai suivi de près la situation du Moyen-Orient.

Aujourd’hui, je voudrais vous parler brièvement de l’État parrain du terrorisme, la République Islamique de l’Iran. C’est un phénomène nouveau, qui a vu le jour depuis l’arrivée au pouvoir d’Ayatollah Khomeiny en Iran. Le terrorisme et même l’extrémisme sous le nom d’Islam existaient bien avant cela. Cependant, ils étaient commis par des groupes dispersés et isolés et par des raisons principalement politiques. La caractéristique dangereuse de ce nouveau phénomène est qu’il a pris le pouvoir dans un pays riche comme l’Iran, avec de vastes ressources naturelles et financières et une histoire qui a influencé la pensée politique dans la région. Pour la première fois, un État doté de toutes ces ressources utilise le terrorisme comme moyen de faire avancer ses objectifs sur la base idéologique d’une croyance religieuse, dogmatique et fanatique.

À cet égard, je voudrais me concentrer sur le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique (CGRI), l’armée idéologique créée pour protéger la théocratie iranienne et son guide suprême. C’est aussi la force qui est chargée de réprimer le peuple en Iran.

Notre organisation, le Comité International ISJ, a publié une étude approfondie sur le CGRI plus tôt cette année. Nous avons établi que le CGRI s’est ingéré dans les affaires de tous les 14 pays musulmans de la région et est directement impliqué dans l’ingérence en Irak, en Syrie, au Yémen et au Liban. En été 2016, près de 70 000 forces supplétives des forces iraniennes étaient présentes en Syrie. Cette force est composé de nombreux mercenaires non-iraniens, y compris de jeunes réfugiés afghans qui acceptent d’aller en Syrie pour de courtes périodes en échange d’argent ou d’une carte d’identité en Iran.

Le CGRI a de nombreux centres en Iran où il forme des terroristes étrangers. Chaque mois, des centaines de forces iraquiennes, syriennes, yéménites, afghanes et libanaises reçoivent une formation militaire et sont ensuite envoyées pour mener des opérations terroristes et de guerre.

L’ingérence des Pasdaran ne se limite pas à la sphère militaire et joue un rôle déterminant dans la politique étrangère de Téhéran. Dans de nombreux pays de la région, le CGRI a effectivement pris le contrôle de la politique étrangère par l’intermédiaire des ambassades, où elles exploitent également l’immunité diplomatique.

Etant donné que le CGRI est la puissance économique la plus importante en Iran, nous avons constaté qu’en consacrant les ressources financières et économiques du pays dans des interventions dans d’autres pays, cette ingérence étendue est devenue un très lourd fardeau pour l’économie iranienne.

Au cours des cinq dernières années, Téhéran a dépensé plus de 100 milliards de dollars pour les opérations de CGRI en Syrie seulement. L’argent est dépensé pour se procurer des armes et payer les dépenses de l’armée syrienne. Ils dépensent environ 1 milliard de dollars par an pour payer les salaires des troupes affiliées.

Le CGRI dispose de sa propre unité de renseignement qui fonctionne en parallèle avec le ministère iranien correspondant. Il a étendu son réseau d’espionnage dans toute la région et a créé divers postes dans un certain nombre de pays au cours des derniers mois.

En Europe, ils ont également été impliqués dans des cyber-attaques. La semaine dernière, les médias britanniques ont confirmé que le cyber armé du CGRI avait attaqué les comptes de courrier électronique des députés britanniques, dont la Premier Ministre Theresa May. L’agence anti-espionnage allemande a rapporté récemment qu’elle avait observé des cyber-attaques sophistiquées par le CGRI contre des entreprises allemandes.

Je veux faire un point très clair. L’ingérence du régime iranien dans d’autres pays ne reflète pas sa force. Au contraire, c’est un signe de ses profondes crises à l’intérieur et elle est un signe de faiblesse. Depuis sa fondation, le régime s’est appuyé sur deux piliers pour rester au pouvoir : la répression intérieure et l’exportation de l’intégrisme et du terrorisme. Malheureusement, la politique occidentale d’apaisement et l’incapacité des pays de la région à résister à ce phénomène ont permis son expansion.

Dans notre étude, publiée en mars de cette année, nous recommandons que le CGRI soit inscrit sur les listes des organisations terroristes aux États-Unis et en Europe. Les pays de la région doivent rester fermes et prendre toutes les mesures nécessaires pour confronter le CGRI et ses satellites.

Il y a deux semaines, les États-Unis ont finalement placé le CGRI sur une de leurs listes d’organisations terroristes. C’était une très bonne nouvelle pour le peuple iranien qui déteste vraiment le CGRI.

En Europe, en raison des énormes intérêts commerciaux de certains grands pays et des relations étroites entre l’UE et le régime iranien, les gouvernements européens souhaitent ne pas importuner les mollahs et ferment pratiquement les yeux sur les violations des droits de l’homme. C’est une attitude moralement très répréhensible et stratégiquement dangereuse.

Puisque le CGRI est maintenant désigné comme une “organisation terroriste mondiale spécialement désignée” par le Trésor américain, les sociétés européennes qui commercent avec l’Iran risquent sérieusement d’être sanctionnées par les États-Unis, car le CGRI gère la majeure partie de l’économie iranienne.

Je crois que nous devons avertir nos gouvernements en Europe des conséquences de leurs liens commerciaux avec le régime iranien.

Pour en finir il est nécessaire de faire une réorientation stratégique profonde de la politique de l’Union Européenne et de ses États Membres vers le régime iranien. Une politique basée sur l’exigence du respect au droits de l’homme, du repli de la Garde Révolutionnaire et ses forces affiliés de la Syrie, l’Irak, le Liban et le Yémen et de la conformité stricte avec l’esprit et la lettre de l’accord nucléaire.

Le parcours actuel de faiblesse, opportunisme et priorisation des intérêts économiques sur le principe moral qui définissent l’Union Européenne nous conduira inévitablement à l’échec.

Alejo Vidal-Quadras a été vice-président espagnol du Parlement européen pendant quinze ans (1999 à 2014). Il a été président d’honneur de l’intergroupe des ” Amis d’un l’Iran libre ” au Parlement européen. Un groupe qui a été le centre européen de la campagne en faveur de la démocratie et des droits humaines en Iran. Il a également été professeur de physique nucléaire et atomique à Barcelone. Il dirige actuellement le Comité international pour l’application de la justice (International Committee In Search of Justice – ISJ ) à Bruxelles.